La face cachée du métier de Créateurs de contenu au Sénégal
Créer du contenu au Sénégal, ce n’est pas simplement sortir son téléphone, filmer et attendre que la magie des algorithmes opère. Derrière chaque vidéo TikTok qui cartonne, chaque reel Instagram qui fait sourire ou chaque podcast qui fait réfléchir, se cache une réalité bien moins visible. Ici, la création de contenu est d’abord une histoire de passion… et de persévérance.
Dans les rues de Dakar, de Louga ou de Saint-Louis, filmer peut vite devenir un exercice de courage. Les regards insistants, les commentaires spontanés des passants, parfois même une certaine hostilité : tout le monde ne comprend pas encore ce « nouveau métier ». Beaucoup de créateurs racontent ces moments où ils doivent expliquer à leur entourage qu’ils ne sont pas en train de perdre leur temps sur un téléphone, mais bel et bien de travailler.
À ces regards s’ajoutent des contraintes très concrètes. Les coupures d’électricité peuvent transformer un simple montage vidéo en marathon nocturne. Quand le courant revient enfin, c’est souvent la connexion internet qui décide de ralentir le rythme. Uploader une vidéo de quelques minutes peut prendre des heures, parfois toute une nuit. Pendant ce temps, ailleurs, on parle de 5G et de studios climatisés. Ici, on fait avec ce qu’on a.
L’équipement, lui aussi, reste un luxe pour beaucoup. Caméras, micros, éclairages : les prix dépassent largement les moyens de nombreux créateurs. Alors on improvise. Un smartphone d’occasion devient caméra principale, un trépied est bricolé à la maison, et la lumière du soleil sert de projecteur. Cette débrouille sénégalaise fait souvent des miracles, même si elle a ses limites.
La question de la monétisation reste sans doute la plus frustrante. Les revenus publicitaires sont faibles lorsque l’audience est majoritairement africaine, et les marques locales commencent seulement à mesurer l’impact réel du marketing d’influence. Résultat : beaucoup de créateurs jonglent entre leur passion et un emploi alimentaire, créant du contenu tôt le matin ou tard le soir, au détriment du repos.
Et pourtant, malgré toutes ces galères invisibles, la scène créative sénégalaise est en pleine effervescence. Les créateurs transforment leurs contraintes en style, leurs difficultés en authenticité. Ils racontent le Sénégal tel qu’il est, sans filtres importés, avec humour, lucidité et fierté.
Créer du contenu au Sénégal, ce n’est pas chercher la facilité. C’est refuser de rester invisible, raconter son pays avec ses propres mots et construire, pas à pas, une industrie du contenu locale. Une industrie encore fragile, mais portée par des voix déterminées, qui méritent reconnaissance, respect et soutien.
Vous connaissez un créateur de contenu sénégalais ? Partagez cet article pour rendre hommage à leur travail acharné. Leur passion mérite d'être célébrée et leurs galères, enfin reconnues !
